Interview Halgur Samad

De Accueil Migrations

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« Le journalisme c’est l’indépendance avant tout »[modifier | modifier le wikicode]

Halgur Samad est un journaliste Kurde irakien. En 2010, il a dû fuir son pays, persécuté. Réfugié politique en France, il était présent à la Convention nationale sur l’accueil et les migrations de Grande-Synthe comme « grand témoin ». Entretien.

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Racontez-nous votre parcours.[modifier | modifier le wikicode]

J’ai commencé le journalisme à l’âge de 18 ans et à 19 ans, j’ai été embauché dans un magazine. C’était à la fin de l’année 2002. J’ai plutôt travaillé dans la presse écrite, j’ai traité des sujets politiques concernant la situation du Kurdistan irakien et sur l’Irak en général. A partir de 2005, j’ai aussi commencé à travailler pour un grand magazine régional d’information politique, Lvin. On était très opposé au gouvernement kurde de l’époque, j’ai eu beaucoup de soucis. La responsable de bureau à la ville de Kirkouk a été assassinée en 2008, devant sa maison. A l’époque, j’étais responsable du bureau d’Erbil. C’était une époque assez dure. J’ai été agressé au mois de mars 2008, avant l’assassinat, par des individus civils armés, des inconnus. On ne peut pas les identifier formellement mais on sait que le parti au pouvoir à Erbil, le parti démocratique du Kurdistan, en était à l’origine. En 2009, je me suis fait agresser une deuxième fois, je travaillais sur des manifestations près de la porte du parlement régional. Des policiers ont pris ma caméra de force, ils l’ont cassée ainsi que la carte mémoire et l’enregistreur. En 2010, un deuxième journaliste a été assassiné. C’était un ami. Il a été enlevé à Erbil et, après deux jours, on a trouvé son corps à Mossoul. On a fait des manifestations, j’ai écrit des articles. C’était le deuxième assassinat d’un journaliste en 2 ans ! Surtout, c’était des journalistes indépendants qui critiquaient le gouvernement. A un moment, il y avait des menaces contre moi et un ami. J’ai été obligé de quitter ma ville même si je voulais continuer. Je suis allé en Turquie et j’ai demandé le visa. C’est reporter sans frontières qui m’a soutenu et je suis venu en France en septembre 2010. Je suis resté huit mois à la Maison des journalistes. Là-bas c’était mon premier apprentissage de la langue française. J’ai eu le statut de réfugié au bout de 6 mois. C’était assez facile pour moi, j’ai eu un seul entretien à l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides, ndlr), un mois et demi après on m’a donné la réponse. C’était toujours avec le soutien de RSF. 

Quel a été votre accueil en France ?[modifier | modifier le wikicode]

Au début, c’était bien la Maison des journalistes. Mais après c’était dur, il fallait aller chercher les logements. J’étais dans un centre d’accueil à Mantes-la-Jolie. Après, j’ai trouvé un petit studio dans un centre d’Adoma à Saint-Germain-en-Laye, j’y suis resté jusqu’à février 2014 et ensuite j’ai eu un contrat de kiosquier. En 2016, j’ai eu un contrat dans une chaîne d’info kurde qui s’intéressait à des sujets en Europe.  J’ai démissionné en septembre à cause d’une action politique du patron de la chaîne qui a fondé son propre parti politique. Il a fait un peu de propagande et donc j’ai refusé de travailler pour eux, car je crois que le journalisme c’est l’indépendance avant tout. C’est une valeur sacrée. Toutes les chaînes kurdes ont des liens avec les partis politiques. Exceptionnellement il y a quelques hebdomadaires indépendants mais ils ne sont pas riches, ils sont dans la misère. Alors je travaille en tant que journaliste freelance, je fais des documentaires avec quelques amis. Je fais aussi des traductions pour quelques films et articles.

Quel bilan tirez-vous de la convention ?[modifier | modifier le wikicode]

C’était une bonne expérience, c’est la première Convention nationale sur les migrations. Il faut continuer cela mais il faut plus d’organisation, inclure plus de monde. Il faut élargir le projet et travailler aussi sur l’Europe car c’est un sujet commun entre tous les pays européens. La ville de Grande-Synthe est une ville un peu spéciale, très engagée dans l’accueil des migrants. Le maire est sensible à cette question. C’est excellent. On a besoin de plus de maire comme cela en France.