L’accueil des migrant.e.s et des réfugié.e.s en France (Table ronde n°2)

De Accueil Migrations
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Catherine Wihtol de Wenden

Politiste et directrice de recherche CNRS – CERI – Sciences Po Paris


« En France, on pense que plus on les accueille mal (les migrants), moins ça fera un « appel d’air » » = faux.

Ce qui caractérise la politique française sur le sujet depuis des années c’est un « non-questionnement sur l’intégration ».

« L’essentiel de la politique française sur l’immigration se limite à une politique de contrôle »

Depuis quelques temps on « fait une distinction entre les ‘bons’ et les ‘mauvais’ réfugiés », ceux qui obtiennent l’asile et les autres. « On retrouve cet esprit binaire dans le futur projet de loi » « C’est le résultat d’un prêt à penser : on considère l’immigration comme une mauvaise chose mais on fait un petit effort pour les réfugiés »

« En Allemagne, il y a eu une politique d’accueil des réfugiés très organisée de la part des municipalités, qui a obtenu de bons résultats. Ils se sont appuyés sur les citoyens. En France, il y a beaucoup d’initiatives citoyennes remarquables mais elles ne sont pas portées par les autorités. Elles sont même souvent considérées comme illégitimes voire criminelles ».

« D’un côté on essaye d’avoir une bonne image pour les réfugiés, au niveau international, en se mettant dans la roue de l’Allemagne ou de la Suède. De l’autre on mène une politique de contrôle, de dissuasion, de répression, et même de militarisation des contrôles des frontières ».


Patrick Doutreligne

Président d’Adoma.


« Le 1er accueil c’est une catastrophe, ce n’est pas digne du 5e pays le plus riche du monde. »

Pour lui, pas un afflux massif de personnes  « c’est largement assimilable si on le souhaitant, si on le décidait politiquement » Prend l’exemple du règlement Dublin : « on l’accepte alors qu’on sait que ça ne marche pas ».

Rapport Taché = parangon d’une « loi répressive ». « C’est une loi répressive au niveau du droit ».

« Le ministre de l’Intérieur parle d’une loi équilibrée. C’est peut-être un équilibre à la Paretto, 80-20% ».

« Le discours de Macron est cohérent au niveau international mais en France il suit la même ligne que ses prédécesseurs ».

« Beaucoup de places d’hébergement ont été ouvertes. Il faut reconnaître qu’il y a eu un effort considérable de fait, mais avec des moyens limités » -> exemple de dispositifs d’hébergement où c’est 15€/nuit -> « on est obligé de rogner sur les aspects sociaux de l’hébergement, sur l’accompagnement, or l’accompagnement est essentiel ».

Sur la notion d’appel d’air : « c’est une idée complètement surannée. Ce n’est pas pour venir dans la jungle qu’ils sont venus, c’est pour aller en Angleterre ».

« C’est la doxocratie pour reprendre Platon, le pouvoir de ceux qui pensent connaître l’opinion. Les politiques sont persuadés que l’opinion est défavorable ou mitigée sur l’accueil des migrants et que donc il faut se montrer très ferme »

Exemple des ouvertures de CAO ou CAES par Adoma : « dans une majorité des cas il y a avait une hostilité du maire et de la population, mais au bout de six mois je peux vous dire que c’était l’inverse dans 99% des cas. Non seulement cela s’est arrangé au niveau des élus mais c’est surtout la population qui est venue donner un coup de main ».

« Quand on dit que les Français sont très frileux là-dessus, c’est en façade ».

« L’apprentissage du français doit se faire dès l’accueil, et pas seulement pour ceux qui ont le statut de réfugié »

Propose qu’on apprenne le français dès le début : « s’ils obtiennent le statut de réfugié, ce sera du temps de gagné et cela fera des journées occupées. Et s’ils ne sont pas reconnus comme réfugiés et qu’ils rentrent chez eux, eh bien ils rentreront en connaissant le français. Ce sera bénéfique pour le tourisme, pour la francophonie ! »


Aurélien Taché

Député LREM 


NB : Catherine Portevin le décrit comme le « visage social », la « main gauche » du président Macron. 3 mesures phares de son rapport selon elle : a) accès plus rapide à l’emploi, b) accès facilité à la nationalité via l’apprentissage de la langue, c) faire sortir la politique d’intégration de la seule prérogative de l’Intérieur.


Il précise que son rapport ne concerne pas seulement les réfugiés mais tous les étrangers en situation régulière.

Il critique un « manque de portage politique sur cette question de l’intégration et beaucoup d’instrumentalisation politique de tous bords ».

« Des gens arrivent. Ils sont là. La question c’est : qu’est-ce qu’on fait pour que ce soit une chance pour eux et pour le pays ? »

« Il n’y a pas eu une logique d’investissement qui permettrait aux personnes d’être autonomes »


Sur l’apprentissage de la langue : « il faut aller beaucoup plus loin (en doublant les heures) et beaucoup plus vite. On ne peut pas atteindre d’avoir le titre de réfugié avant d’apprendre le français ». En plus, dans un centre d’hébergement : « on ne peut pas travailler, on ne peut pas construire sa vie » = temps d’apprendre le français. « Souvent c’est ce que les gens demandent en premier ».


Sur l’accès au travail : « permettre de travailler le plus vite possible. Aujourd’hui, théoriquement on peut faire sa demande au bout de neuf mois. Là, je propose qu’on puisse travailler au bout de six mois, pas juste faire une demande ».


« On a une politique d’orientation à construire avec la personne en place » -> «entreprises ne sont pas très accompagnées, elles ont dû se débrouiller toutes seules » alors que « c’est à l’Etat de faire cela ».


« Cela suppose peut-être de réduire aussi la politique de contrôle » « Quand il y a 4 rdv nécessaires en préfecture pour obtenir un titre de séjour, ce n’est peut-être pas utile ». Idem pour les « files d’attente interminables, qui ne donnent pas une bonne image ».

« Je propose aussi des titres de séjours plus longs et dématérialisés »


Prime de 1000€/logement mis à disposition par les mairies.


« Avoir un établissement public où on ne fasse que ça ».


1/3 d’entre eux seulement trouve un emploi dans les 5 premières années en France. Ce sont les chiffres de l’OCDE parce que la France n’a pas ces chiffres-là.


Pierre Laurent

« Nous allons vivre dans un monde de migrations »

Pas une invasion : « 504 millions d’habitants en UE et seulement 3,4 millions de titres de séjour délivrés, dont 7% en France ».

« La loi asile et immigration est à l'inverse de ce qu'il faut faire et du discours que vient de tenir»

Avec cette loi, « la France envoie un signal de repli ».

« Il ne faut pas adopter la loi asile et immigration telle qu'elle se présente »

« Il faut mener la bataille au plan européen, nous ne pouvons pas accepter la situation européenne actuelle » « Des batailles peuvent être gagnées »

« Je suis persuadé que les forces existent dans notre pays pour ne pas accepter la logique répressive qui se met en place aujourd'hui »


Benoit Hamon

Convention = « j’espère que c’est un point de départ qui nous permette de changer le fait qu’aujourd’hui la peur de l’autre est un ciment social puissant ».

« Il y a un consensus large de la classe politique, c’est de considérer qu’on ne peut pas accueillir plus »  politique se résume à « fermer la porte aux migrants économiques et restreindre pour ceux qui fuient les conflits »

« Il y a eu un portage politique mais exclusivement négatif »

Le débat porte sur, soit : « augmenter les contrôles et fermer les frontières ou augmenter l’aide au développement, mais le résultat est le même : on n’accueille pas plus ».


« Aujourd’hui, compte tenu des conflits dans le monde, de l’instabilité politique, du réchauffement climatique… nous pouvons d’ores et déjà anticiper des flux migratoires importants »

« Le Conseil d’Etat a considéré que ce texte ne prenait pas la mesure du phénomène migratoire »


Pour lui, le futur texte « ne comble pas un vide juridique » (16 textes depuis les années 80), « les dispositions du précédent texte n’ont même pas encore toutes été mises en œuvre » et « ne répond pas à un besoin de la société mais suit l’opinion publique »


Défenseur des droits et totalité des associations sont contre, même des associations qui sont souvent des opérateurs de l’Etat.


Peur que le rapport Taché soit « juste un contrefeux ».

« La circulaire Collomb c'est le même principe que la déchéance de nationalité »

« Il faut régulariser un grand nombre de ceux qui sont maintenus dans une situation de précarité car ils ne sont ni régularisables ni expulsables »

« Il n'y a rien d'humain à doubler la durée de rétention pour des gens qui sont en exil depuis des mois voire des années. C'est inadmissible. Cette période doit être réduite »


Questions du public

Une question d’un exilé malien sur un paradoxe : pas d’asile pour les Maliens alors que la France est en guerre là-bas

Plusieurs questions mettant en cause Aurélien Taché & le gouvernement


Aurélien Taché :

« Ce que je veux mettre en place sur l'intégration c'est pas dans la loi que ça se passe mais c'est une question de moyens et de politique publique. Il y aura un comité interministériel en mars dessus »

« Ce que je veux, ce n’est pas une question législative c’est une question de moyens, ça coûte 600 millions d’euros ».

« Quand l’asile n’est pas obtenu je considère qu’il doit y avoir retour ».

« Il doit aussi y avoir des retours. Est-ce qu'il y aura plus de retours si on double la durée de rétention? Si oui alors je comprends que la majorité le fasse »


Hamon :

Augmenter durée en centre de rétention de 45 à 90 jours : « pas d’utilité. Si le critère d’évaluation c’est une meilleure expulsion, alors c’était mieux quand la durée légale était 32 jours qu’à 45 jours ».

Projet de loi -> beaucoup d’insuffisances, notamment sur la question des mineurs non accompagnés.